En examinant de près la composition du gouvernement de Judith Suminwa, on constate que les principes énoncés par l’informateur et repris par la Première ministre n’ont pas été pris en compte dans la liste finale.
La question de la représentativité nationale se pose lorsque certaines provinces sont sur-représentées au détriment d’autres qui sont sous-représentées, voire absentes. C’est le cas du Maniema, qui n’a aucun ministre, tandis que la région du Kasaï, à elle seule, compte 22 ministres pour un gouvernement de 54 membres. La région du Grand Bandundu n’a qu’un seul ministre, tandis que le Grand Équateur en compte 11. On s’interroge sur les principes qui ont guidé cette répartition, étant donné que l’effectif de cet exécutif aurait permis un équilibre régional.
Quant à la taille de cette équipe, elle semble indiquer que la volonté du chef de l’État d’avoir un exécutif réduit a cédé face aux appétits des membres de l’USN. Les cinq mois pris par ces mandataires, Augustin Kabuya et Judith Suminwa, n’auront servi à rien ; le gouvernement de la Première ministre aura pratiquement le même impact sur la train de vie de l’État que ceux des deux gouvernements Sama Lukonde, longtemps critiqués.
Concernant la représentativité basée sur le poids politique, on constate également que les promesses n’étaient que des illusions. Aucun respect n’a été accordé à ce principe : celui de dix élus pour un ministre. On remarquera que certains regroupement politique, avec moins d’élus, se voient attribuer des postes de grande importance. C’est le cas du 4AC d’Eliezer Tambwe, qui n’a aucun ministre malgré ses 13 députés, et de l’AA/C, Action des Alliés pour la Convention, qui subit le même sort avec également 11 députés, tandis que le regroupement du directeur de cabinet sortant, Guylain Nyembo, avec ses sept députés, obtient un poste de Vice-Premier ministre. Que dire de Constant Mutamba qui se dit opposant et a aussi trois députés qui se voit attribuer un poste de ministre d’État. Le MLC de Jean-Pierre Bemba perd le ministère de la Défense nationale, un portefeuille de souveraineté qui correspond bien au statut de son leader, pour un ministère problématique, celui des Transports. Seulement deux postes sont attribués à Bemba, qui a pourtant été un pilier de la campagne pour la réélection de Félix Tshisekedi. Et que dire de l’appétit du parti présidentiel, avec trois Vice-Premiers ministres.
Un gouvernement de cette taille, avec six Vice-Premiers ministres et dix ministres d’État, pèsera véritablement sur les finances publiques. On redoute le casse-tête que devra résoudre l’ordonnance portant fonctionnement du gouvernement, tant il y aura de chevauchements dans certains portefeuilles ministériels, comme nous l’avons remarqué dans l’éducation nationale et les affaires étrangères.
En somme, cette composition gouvernementale semble avoir été élaborée dans la précipitation, mais révèle aussi les difficultés qu’a eues le leader de la majorité pour concilier les vues des uns et des autres avec sa vision de gouvernance. Cinq longs mois se sont écoulés et le peuple a été victime de cette absence de gouvernement. Les Congolais se demandent : tout ça pour ça ?
Botamba Sésé Séko









