Les tourbières du bassin du Congo, des écosystèmes uniques et d’une importance capitale pour l’environnement mondial, sont aujourd’hui gravement menacées. Que se passerait-il si ces milieux venaient à être détruits par la construction de routes, le drainage à des fins agricoles, l’exploitation forestière et pétrolière, ou asséchés par le réchauffement climatique ? Les scientifiques alertent : ce carbone pourrait libérer dans l’atmosphère l’équivalent de trois ans d’émissions mondiales de gaz à effet de serre issus des combustibles fossiles. Une véritable bombe à retardement.

Les tourbières du bassin central de la RDC couvrent une superficie estimée à 111.400 Km2. Il s’agit des provinces de l’Equateur, Mongala, Tshuapa, Sud-Ubangi et Mai-Ndombe. Le stock de carbone de la tourbe du bassin central, dans ces 5 provinces est de 24,0 gitatonnes.

Une vue du bassin du Congo

C’est en 2017 que les premiers résultats des recherches scientifiques, entamées en 2012 par des chercheurs britanniques de l’université de Leeds, ont été publiés dans la revue Nature. Au sein du consortium CongoPeat, qui rassemble des experts internationaux, l’équipe du professeur Simon Lewis et de la doctorante Greta Dargie a trouvé de la tourbe dans la quasi-totalité des échantillons de sol prélevés. Personne n’imaginait à quel point la tourbière serait étendue et profonde. « D’importants gisements de tourbe ont été découverts dans la forêt équatoriale non loin de Mbandaka, autour de deux types de végétation : les forêts marécageuses de feuillus et celles où domine le palmier », explique Ovide Emba, étudiant en biologie à l’Institut supérieur pédagogique de Mbandaka. Dans la région, l’épaisseur maximum de la tourbe est de six mètres, avec une moyenne de trois mètres.

Une vue d’un écosystème à tourbières

Dans cette zone du bassin du Congo appelée cuvette centrale, la population locale vit en harmonie avec cet étonnant milieu. « Ce sont surtout des membres de l’ethnie bantoue, arrivés ici au cours des deux derniers millénaires », précise Ovide Emba. « Il y a aussi des Pygmées batwas, arrivés un peu plus tard. » Ces habitants vivent de la pêche aux crustacés et aux poissons-chats, ainsi que de l’agriculture vivrière. Rien, d’après les scientifiques, ne menace sérieusement l’équilibre des tourbières. L’inquiétude est ailleurs.

Comme d’autres habitants du coin, Ovide rêve d’un trésor caché sous cette boue opaque. D’or noir, par exemple, puisque l’État congolais a procédé, en juillet 2022, à un appel d’offres pour l’octroi de droits d’exploitation de 27 concessions pétrolières, dont trois dans les tourbières. Un projet phare du président Félix Tshisekedi, qui présente cette opération comme une nouvelle page de l’histoire économique du pays. Le gouvernement estime qu’avec une production potentielle d’un million de barils par jour, le pays pourrait générer une rente de 30 milliards de dollars par an.

Vu aérienne de la végétation du bassin du Congo

Cependant, scientifiques et ONG dénoncent cette décision du pouvoir, qui met en danger l’un des plus importants réservoirs de carbone au monde. Forer le sol, couper des arbres et assécher une partie des tourbières pour y tracer des routes et y laisser passer des véhicules polluants aurait des conséquences irréversibles sur ce fragile écosystème. « Nous demandons au président d’annuler ce projet suicidaire pour notre environnement car ces enchères risquent d’avoir un impact négatif sur le climat, la biodiversité et les communautés locales », explique Patient Muamba, responsable du dossier « forêts » pour Greenpeace Afrique.

La protection des tourbières du bassin du Congo est donc une priorité pour la préservation de l’environnement mondial. Elles constituent un rempart naturel contre le changement climatique et un habitat vital pour de nombreuses espèces. Leur destruction serait une perte irremplaçable pour la planète. Mais comment faire face à cette exigence mondiale quand on possède une telle richesse et dirige un pays pauvre a la recherche de solutions pour son développement ?? La question est bien posé !

Par Thierry Bwongo

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