Bienvenue dans le grand cirque congolais, où les politiques jonglent avec des vérités enflammées et où les responsabilités s’évaporent comme de l’encens sur l’autel de l’impunité. Si cette crise était une créature mythologique, ce serait un hydre aux têtes verbales : chacune crache un récit différent, mais toutes sucent le même sang congolais.

Paul Kagame, lui, brandit la Belgique comme un serpent originel, coupable d’avoir pondu l’œuf colonial. Un disque rayé qui grésille les mêmes litanies, pratique pour étouffer les accusations sous le tapis de l’Histoire. Pourquoi se morfondre dans le présent quand on peut exhumer les cadavres du passé ?

Joseph Kabila, le magicien aux doigts agiles, fait disparaître Kagame d’un tour de passe-passe pour désigner Félix Tshisekedi comme l’unique sorcier du chaos. Audacieux, quand on sait que sous son règne, l’Est du pays ressemblait à une marmite prête à exploser — avec en assaisonnement l’ingrédients rwandais.

Moïse Katumbi, dans un élan de solidarité aussi sincère qu’un sourire de campagne, rejoint la chorégraphie. Tshisekedi, le bouc émissaire idéal, malgré les rapports de l’ONU pointant Kagame comme chef d’orchestre. Une logique qui défie Newton, mais pas le ressentiment : Katumbi Crésus, toujours échaudé par sa déroute électorale de 2023, voit en Tshisekedi un Frankenstein ingrat — sa créature devenue monstre.

Corneille Nangaa, lui, pleure ses mines confisquées. Pour ce roi déchu du cuivre, la crise n’est qu’un prétexte à règlement de comptes personnel. L’hydre, dans son miroir, se réduit à un nain grognon, piétinant son jardin secret.

Le M23 et Bisimwa, eux, agitent l’étendard tutsi, prétexte en velours pour masquer pillages et violences. Une rhétorique calibrée pour l’export, jouant sur la corde sensible des « minorités opprimées » — fonds de commerce lucratif, surtout quand les caméras internationales s’émeuvent.

Quant à l’abbé Nshole et ses frères protestants, ils survolent le drame en jet diplomatique, serrant des mains de Nairobi à Paris. Leur foi ? Que les turbulences à 10 000 mètres feront tomber l’hydre d’épuisement. Peut-être espèrent-ils un miracle biblique : que Kagame se transforme en sel au contact de leurs prières…

Mais pour Kinshasa et la communauté internationale, le coupable est aussi évident qu’un éléphant dans un confessionnal : Paul Kagame, Minotaure moderne, dont le labyrinthe s’étend jusqu’aux minerais congolais. Son appétit ? Insatiable. Ses cornes ? Plantées dans les entrailles de l’Est.

Alors, comment terrasser la bête ? Deux voies : lui offrir le Congo sur un plateau doré, ou lui trancher les têtes avec l’épée de la diplomatie, aiguisée de menaces crédibles. La première option nourrirait l’hydre jusqu’à l’indigestion ; la seconde exige un courage absent depuis des décennies et une réorganisation militaire qui fait défaut.

En attendant, le peuple congolais, captif de ce théâtre d’ombres, rêve d’un troisième acte : que les acteurs, un jour, échangent leurs masques contre des remords.

Par Thierry Bwongo

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