Doha, Qatar – Les discussions entre le gouvernement congolais et la coalition rebelle AFC/M23 se poursuivent dans la plus grande discrétion à Doha, sous médiation qatarie. Contrairement aux premières informations relayées hier, les délégations congolaises présentes sur place ne comptent pas de hauts responsables politiques, mais des experts civils et militaires, selon des sources concordantes confirmées par RFI.
Qualifiées de « préliminaires », ces discussions visent à préparer le terrain pour de futures négociations officielles, avec l’objectif d’aboutir à des engagements concrets en matière de sécurité et de cessez-le-feu.
La méthode adoptée par le Qatar, caractérisée par un strict contrôle de la communication, a permis de maintenir une opacité autour de ces échanges. Cette discrétion rappelle celle qui avait entouré la rencontre surprise entre les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Paul Kagame (Rwanda) le 18 mars dernier dans la même ville.
Selon des sources proches de la présidence congolaise, la délégation de Kinshasa est composée de spécialistes du renseignement et d’experts militaires. De son côté, la délégation du M23-AFC est menée par des figures clés du mouvement, dont Bertrand Bisimwa (coordonnateur adjoint) et le colonel John Imani Nzenze, responsable du renseignement du groupe rebelle.
Les négociateurs travaillent actuellement sur des questions logistiques et sécuritaires, telles que les modalités d’un éventuel retrait des troupes rebelles et la sécurisation des zones contestées. Ces échanges constituent une étape incontournable avant d’envisager des discussions politiques de plus haut niveau.
Du côté du M23-AFC, la prudence prédomine. Cette méfiance trouve son origine dans l’affaire de juin 2024, lorsque Jean-Bosco Bahala, alors coordonnateur d’un programme de désarmement, avait été désavoué et emprisonné après des pourparlers avec le M23 en Ouganda. Face à ce précédent, le mouvement rebelle exige des garanties juridiques et sécuritaires avant toute avancée significative.
Les récentes sanctions imposées par l’Union européenne contre des membres du M23-AFC, dont Bertrand Bisimwa, continuent de peser sur le climat de confiance. Perçues comme un frein aux négociations, ces mesures avaient déjà conduit à l’annulation des pourparlers de Luanda en mars 2025.
Le Qatar s’affirme comme un acteur central dans la médiation du conflit. L’émirat mise sur sa capacité à mener des négociations discrètes, à l’inverse de la médiation angolaise, dont les annonces publiques ont souvent abouti à des impasses.
Grâce à cette approche, des avancées symboliques ont été enregistrées, notamment l’accord de cessez-le-feu du 18 mars. Cependant, les combats se poursuivent sur le terrain, illustrant la complexité du conflit.
Selon RFI, les discussions actuelles, ralenties par la fin du ramadan, devraient s’achever cette semaine. Un second round, centré sur les enjeux de fond – désarmement, gouvernance locale et rôle du Rwanda –, est déjà envisagé. Ce processus pourrait s’inscrire dans le cadre élargi des initiatives Luanda-Nairobi, désormais consolidées sous l’égide de l’ONU.
Malgré ces avancées diplomatiques, les défis restent considérables. La récente prise de Walikale par le M23, en dépit du cessez-le-feu, témoigne du gouffre entre les engagements politiques et la réalité militaire. La communauté internationale, notamment l’Union africaine et l’ONU, suit ces évolutions avec une vigilance accrue afin d’éviter un nouvel enlisement du conflit.
Par la rédaction









