Dans la nuit de vendredi 4 Avril à samedi 5 Avril dernier, une pluie diluvienne s’est abattue sur Kinshasa, transformant les rues en torrents et plongeant plusieurs quartiers dans le chaos. Le bilan humain reste incertain, mais les dégâts sont déjà visibles : maisons inondées, réseaux d’eau et d’électricité endommagés, familles plongées dans la détresse.

« Les usines de traitement d’eau de la Regideso de Lukaya et Ndjili sont à l’arrêt à Kinshasa » après la forte pluie tombée la nuit du vendredi au samedi, faisant des morts, des inondations et d’importants dégâts matériels (RTNC) ».

Pourtant, cette catastrophe, qualifiée de « naturelle » par le gouverneur Daniel Bumba, aurait pu être évitée. Les alertes de la METELSAT, les erreurs d’urbanisme et l’absence de mesures préventives rappellent cruellement que les inondations à Kinshasa sont moins une fatalité qu’un échec politique.

Cette tragédie n’est pas une première. En janvier 2022, des inondations avaient déjà fait plus de 120 morts dans la capitale, notamment à Ngaliema et Limete. En 2019, des glissements de terrain avaient enseveli des habitations à Mont-Ngafula, révélant l’urgence de stabiliser les sols érodés. En 2017, les pluies avaient une fois de plus mis en lumière la vétusté des canaux de drainage, aujourd’hui encore obstrués par des déchets. Et pourtant, rien ne change. La METELSAT avait prévenu dès février 2024 que les mois de mars et avril seraient exceptionnellement pluvieux. Une alerte ignorée, comme le prouve la réponse laconique du gouverneur Bumba : « Le gouvernement prend des mesures », sans précision sur un quelconque calendrier ou budget d’urgence.

Vue du pont N’djili embouteillé après la pluie

Si les pluies sont naturelles, leurs conséquences mortelles relèvent de décisions humaines. Kinshasa est une ville de 17 millions d’habitants où l’urbanisation anarchique fait des ravages. Constructions en zones inondables, collines déboisées, réseaux de drainage insuffisants transformés en dépotoirs… Tout cela ne relève pas de la fatalité, mais d’une irresponsabilité assumée. Pourtant, aucun moratoire sur les bâtiments illégaux n’a été imposé, aucun plan sérieux de gestion des inondations n’a été déployé. « Chaque année, on nous promet des solutions, mais après les pluies, tout le monde oublie. On reconstruit là où l’eau a tout emporté, parce qu’on n’a pas le choix », confie un habitant de Ngaliema.

Masina Petro Congo des avenues et des parcelles entières assiégées par les eaux de la rivière N’djili

Les solutions existent pourtant. Tokyo a mis en place des bassins souterrains pour stocker l’eau de pluie. Medellín a relogé ses habitants des zones inondables. Le Rwanda prévient ses populations via des alertes SMS. Ces mesures sont à la portée de Kinshasa : élargir les cours d’eau, assainir les réseaux de drainage, appliquer strictement le plan d’urbanisme, reboiser les collines pour limiter l’érosion.

Le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba après la reunion d’urgence avec le VPM intérieur

Le vice-Premier ministre et le gouverneur ont annoncé un « plan d’urgence », mais la population attend des actions concrètes. Mobilisation de fonds, implication des communautés, audit transparent des budgets alloués : il est temps que Kinshasa passe de la réaction à l’anticipation. La capitale congolaise ne peut plus attendre la prochaine catastrophe pour réagir. Comme les Pays-Bas l’ont prouvé en maîtrisant les inondations, une ville peut coexister avec l’eau si elle en fait une priorité nationale.

Chaque goutte de pluie qui tombe à Kinshasa porte désormais une question brûlante : jusqu’à quand ?

Par Thierry Bwongo

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