L’affaire des 39 millions de dollars liés à la construction d’une prison à Kisangani prend une tournure politique et judiciaire inédite. Ce dossier, qui implique le ministre d’État en charge de la Justice, Constant Mutamba, est désormais au centre d’une requête du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, adressée à l’Assemblée nationale pour obtenir l’autorisation d’une instruction judiciaire. Une démarche exceptionnelle qui souligne la gravité des accusations et qui s’inscrit dans un contexte de tensions entre les deux hommes, notamment après les enquêtes initiées par Mutamba sur l’acquisition présumée d’un immeuble de 900 000 dollars en Belgique par le magistrat.

Sur le plan politique, cette affaire met en lumière les fragilités institutionnelles et les luttes d’influence au sein du gouvernement. La mise en cause d’un ministre d’État par le procureur général, avec une demande formelle de levée d’immunité, constitue un précédent judiciaire rare qui pourrait redéfinir les rapports de force entre l’exécutif et le judiciaire. L’Assemblée nationale, sous la présidence de Vital Kamerhe, a mis en place une commission spéciale chargée d’auditionner Mutamba et d’examiner les éléments du dossier avant de statuer sur l’ouverture de l’instruction judiciaire.

Du côté de la société civile de Kisangani, les réactions sont vives. Plusieurs organisations dénoncent l’opacité entourant le projet et s’interrogent sur la pertinence d’un investissement aussi colossal pour une seule prison. Elles réclament une enquête indépendante et la publication des documents contractuels afin de dissiper les soupçons de détournement. Les députés, notamment Willy Mishiki et Fontaine Mangala, ont interpellé le ministre à travers des questions orales avec débat, exigeant des explications sur le décaissement présumé des fonds et les conditions d’attribution du marché à Zion Construction, une entreprise dont l’existence légale reste floue.

Face à ces pressions, Mutamba défend un projet qu’il juge essentiel pour désengorger les prisons de l’Est, affirmant que les fonds sont séquestrés et que le dossier est en examen à la Primature. Cependant, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, contredit cette version en assurant qu’aucun décaissement effectif n’a eu lieu. Cette contradiction alimente les soupçons de blanchiment ou de détournement, et la commission parlementaire devra trancher sur la nécessité d’une instruction judiciaire.

L’affaire, qui suscite un large débat public, pourrait avoir des répercussions majeures sur la gouvernance et la lutte contre la corruption en RDC. La décision de l’Assemblée nationale sur la levée ou non de l’immunité de Mutamba sera un test décisif pour les institutions congolaises, scrutées par une population en quête de justice et de transparence.

Par Thierry Bwongo

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