Kinshasa, 19 juin 2025 — L’organisation Human Rights Watch (HRW) a lancé une nouvelle alerte sur la situation humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, accusant le mouvement armé M23, soutenu par le Rwanda, d’avoir déporté plus de 1 500 civils congolais et réfugiés rwandais vers le Rwanda. HRW qualifie ces actions de crime de guerre, pointant du doigt un transfert forcé de populations dans une région déjà en proie à une crise aiguë.
Ces accusations résonnent fortement à Kinshasa, où le ministère de l’Intérieur avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il qualifiait de stratégie de “transplantation démographique” orchestrée par le Rwanda. Selon les autorités congolaises, Kigali chercherait à modifier la composition ethnique des zones occupées par le M23 en vidant les territoires congolais de leurs habitants d’origine pour les remplacer progressivement par des populations étrangères acquises à sa cause.

Human Rights Watch affirme que les faits se sont produits dans plusieurs zones sous contrôle du M23, notamment au Nord-Kivu, et que les personnes transférées l’ont été contre leur gré, parfois à pied, en dehors de tout cadre légal. Le rapport cite des cas de disparitions, d’arrestations arbitraires et de pression sur les familles refusant de coopérer.
Si ces déportations s’inscrivent dans une stratégie plus large, comme le suspecte Kinshasa, elles pourraient avoir pour but de redessiner durablement les équilibres communautaires dans les zones stratégiques frontalières, afin de renforcer l’emprise du M23 et, par ricochet, celle du Rwanda.
Alors que les pourparlers de paix se poursuivent entre les délégations congolaises et rwandaises sous médiation internationale, ces révélations jettent un sérieux doute sur la volonté réelle de certains acteurs de respecter le droit humanitaire et les principes de souveraineté territoriale.
Kinshasa appelle à une enquête internationale indépendante, tandis que HRW demande des sanctions ciblées contre les responsables de ces actes. En l’absence de mécanismes contraignants dans le récent accord de paix paraphé, ces faits pourraient fragiliser davantage un processus déjà jugé fragile par de nombreux observateurs.
Par Thierry Bwongo









