Kinshasa, 26 septembre 2025 — Coup de théâtre à l’Assemblée nationale. Lors d’une plénière houleuse, le Bureau dirigé par le Premier Vice-Président Jean-Claude Tshilumbayi a orchestré ce que plusieurs députés qualifient de « passage en force » pour maintenir en poste trois de ses membres visés par des pétitions : le rapporteur Jacques Djoli, la questure Chimène Poli Poli Lunda et la questure adjointe Grâce Neema Paininye.

Le 1er Vice-président JC Tshilumbayi et la Questeure de l’Assemblée nationale Chimène Polipoli

Malgré les mots d’ordre de conciliation et les médiations engagées en amont, les députés pétitionnaires, réunis la veille dans un hôtel de la capitale, avaient déjà acté leur refus de céder à toute pression. Ils dénonçaient des dysfonctionnements graves dans la gestion du Bureau et exigeaient des réponses claires sur des faits d’incompétence et de mauvaise gouvernance.

Mais la plénière de ce vendredi a tourné au chaos. La commission spéciale chargée d’examiner les pétitions a conclu à des « irrégularités » dans les procédures, sans que les rapports ne soient distribués aux députés comme l’exige le règlement intérieur. Aucun document n’a été remis 48 heures avant la séance, comme le stipule l’article en vigueur, ce qui constitue une entorse manifeste à la procédure parlementaire.

Scene de protestation lors de la pleniére

Le vote qui s’en est suivi a été marqué par une confusion totale. Alors que la majorité des députés présents rejetait les conclusions de la commission, le Premier Vice-Président Tshilumbayi a validé les rapports, renforçant ainsi le maintien des membres visés. Ce geste a provoqué un tollé dans l’hémicycle.

« C’est du jamais vu depuis 2006. La majorité a rejeté les rapports, mais le Président les a reconnus et les a renforcés. C’est une minorité qui a imposé sa volonté », s’est indigné le député Crispin Mbindule Mitono, figure de proue du mouvement pétitionnaire.

Il dénonce une mascarade institutionnelle et promet des suites politiques : « Nous allons conserver tous les signataires de cette pétition pour prendre les décisions qu’il faut. Ce vote est une rupture historique. »

Les griefs contre les membres maintenus portent notamment sur leur gestion jugée opaque, leur incompétence notoire et leur incapacité à répondre aux attentes des députés et du personnel administratif. Le fait que les pétitions et les rapports n’aient pas été distribués à temps alimente les soupçons de manipulation.

Le député national Crispin Mbindule Mitono ( UDPS) Initiateur des pétitions contre les membres du Bureau de l’Assemblée nationale

« Même aujourd’hui, on ne nous a pas donné les pétitions, ni les rapports. C’est une violation flagrante des règles », a ajouté Mbindule, visiblement outré.

Ce vote controversé relance les interrogations sur la gouvernance interne de l’Assemblée nationale et sur le rôle du Bureau dans la préservation des équilibres démocratiques. Il intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par les protestations des agents administratifs et les accusations de détournement de fonds destinés à leur revalorisation salariale.

Alors que l’institution peine à retrouver sa stabilité après la démission de Vital Kamerhe, cette plénière pourrait marquer un tournant dans les rapports de force internes et dans la perception publique de l’Assemblée nationale.

Par Thierry Bwongo

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