Kinshasa, 20 octobre 2025 — Une tension palpable règne au sein du Palais du Peuple, siège de l’Assemblée nationale, alors que deux communiqués contradictoires émanant respectivement du Bureau Tshilumbayi et de l’administration de l’Assemblée nationale révèlent une fracture institutionnelle inédite. En toile de fond: une grève du personnel administratif et une session plénière maintenue malgré le mot d’ordre de cessation d’activités.

Le 18 octobre 2025, un communiqué émanant de l’administration de l’Assemblée nationale annonçait officiellement le début d’un mouvement de grève, à la suite d’une résolution adoptée lors de l’Assemblée générale du 13 octobre. Les agents et cadres sont appelés à observer une grève sur leur lieu de travail, au sein même du Palais du Peuple, dans un esprit de discipline et de responsabilité.
Le mot d’ordre est clair: fermeture des bureaux non essentiels, suspension des séances plénières, des travaux en commission et des réunions de la Conférence des Présidents. Seuls les services essentiels, comme le dispensaire, doivent rester opérationnels. Le communiqué insiste sur le caractère pacifique du mouvement et met en garde contre toute tentative d’intimidation ou de répression.
Pourtant, à la surprise générale, un second communiqué signé par le Rapporteur de l’Assemblée nationale, l’honorable Jacques Djoli Eseng’ekeli, convoque une plénière pour le mardi 21 octobre à 13h. À l’ordre du jour: l’adoption de l’agenda, la validation des pouvoirs et la ratification de deux ordonnances-lois relatives à des accords internationaux, dont celui sur la facilitation des échanges et l’accord de l’OMC.
Cette dissonance entre les deux organes révèle un malaise institutionnel profond. Le Bureau Tshilumbayi, qui assure l’intérim à la tête de l’Assemblée nationale, semble vouloir maintenir le cap des activités parlementaires, malgré la paralysie administrative. Une décision perçue par certains comme une tentative de minimiser l’ampleur du mouvement social.

En toile de fond, les revendications salariales des agents administratifs, qui réclament l’application d’une augmentation de primes promise par l’ancien Bureau dirigé par Vital Kamerhe. Une promesse que le Bureau actuel semble rechigner à endosser, la considérant comme un legs encombrant de la précédente administration.
La cohabitation forcée entre un personnel en grève, physiquement présent mais inactif, et des députés convoqués pour une plénière, laisse présager une journée tendue au Palais du Peuple. La question se pose: comment une institution peut-elle fonctionner sans le concours de son administration?

Les regards sont désormais tournés vers le président intérimaire Tshilumbayi, sommé de trancher entre la continuité institutionnelle et la prise en compte des revendications sociales. Une équation délicate à résoudre, à quelques mois de la fin de la législature, dans un climat politique déjà chargé.
Alors que les agents grévistes réaffirment leur attachement à un mouvement pacifique et républicain, les observateurs appellent à un dialogue urgent entre les parties prenantes. Car au-delà des querelles internes, c’est le bon fonctionnement de l’une des plus hautes institutions de la République qui est en jeu.

L’avenir dira si cette crise sera l’occasion d’un sursaut de responsabilité ou le prélude à une paralysie plus profonde du pouvoir législatif.
Par Thierry Bwongo









