Alors que les projecteurs médiatiques et politiques restent braqués sur le Nord-Kivu, une autre tragédie se déroule dans le silence relatif de l’Ituri. Dans le territoire de Djugu, les combats ont repris avec une intensité inquiétante, rappelant que la province demeure un foyer de violences persistantes, trop souvent éclipsées par les drames voisins.

Au cœur de cette résurgence, la Convention pour la révolution populaire (CRP), dirigée par Thomas Lubanga. Ancien condamné par la Cour pénale internationale, Lubanga, désormais exilé en Ouganda, a relancé début 2025 ce mouvement armé. Il accuse Kinshasa de piller les richesses de l’Ituri et de négliger une province qu’il présente comme abandonnée.

Les affrontements se concentrent autour de Bule, un carrefour commercial stratégique situé à 95 kilomètres de Bunia. Ce centre vital change régulièrement de mains, passant de l’armée congolaise à la CRP, dans une guerre de positions qui fragilise davantage la population civile.

Selon les forces armées, la CRP recourt à des méthodes alarmantes : l’utilisation de déplacés et de civils comme boucliers humains. Une pratique qui accentue le coût humain de cette crise. Les chiffres en témoignent : au moins 25 civils tués et plus de 40 blessés le mois dernier, d’après des sources onusiennes. Les hôpitaux de Bunia et de Fataki ont dû accueillir des dizaines de blessés graves, illustrant l’ampleur de la catastrophe humanitaire.

Mais au-delà des combats, c’est l’exode qui marque les esprits. Plus de 87 000 déplacés internes demeurent inaccessibles à l’aide humanitaire, selon OCHA. Entre le 5 et le 29 décembre, les autorités locales ont recensé 17 décès supplémentaires liés aux conditions de vie précaires dans les sites de fortune. La faim, les maladies et l’absence de soins deviennent des armes silencieuses, aussi meurtrières que les balles.

Ainsi, l’Ituri vit une crise double : militaire et humanitaire. Une crise qui, faute d’aide nationale et internationale, risque de s’enraciner davantage. Dans l’ombre du Nord-Kivu, Djugu s’embrase, et avec lui, des milliers de vies basculent dans l’oubli.

Par la rédaction

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