La succession de Bintou Keïta à la tête de la Monusco illustre bien plus qu’un simple passage de relais : elle révèle les tensions géopolitiques entre Washington et Pékin, et met en lumière les fragilités du système multilatéral onusien.

La bataille diplomatique autour de la Monusco

Bintou Keïta, cheffe de la MONUSCO qui a quitté ses fonctions de manière anticipée fin novembre 2025, alors que son mandat devait s’achever en février 2026

La Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) traverse une phase charnière. Sa cheffe, Bintou Keïta, a quitté ses fonctions de manière anticipée fin novembre 2025, alors que son mandat devait s’achever en février 2026. Ce départ, officiellement présenté comme une décision personnelle, a ouvert une lutte diplomatique intense pour sa succession.

Deux noms ont émergé : David Gressly, ancien représentant spécial adjoint de la Monusco, et James Swan, ex-ambassadeur des États-Unis à Kinshasa. Tous deux sont soutenus par Washington, mais la Chine a opposé son veto, bloquant ces candidatures. Dans le système onusien, l’opposition d’un seul membre permanent du Conseil de sécurité suffit à paralyser une nomination.

David Gressly, ancien représentant spécial adjoint de la Monusco

Un contexte de rivalité sino-américaine

Ce blocage ne peut être compris qu’à la lumière des tensions croissantes entre Pékin et Washington. La Chine, qui a récemment dénoncé l’« enlèvement » du président vénézuélien par les États-Unis, utilise son droit de veto comme un levier diplomatique. La succession de Keïta devient ainsi un champ de bataille symbolique où s’affrontent deux visions du multilatéralisme : celle des États-Unis, cherchant à maintenir une influence directe sur les missions de paix, et celle de la Chine, qui refuse de voir des profils trop liés à Washington occuper des postes stratégiques.

James Swan, ex-ambassadeur des États-Unis à Kinshasa

Les enjeux pour la RDC et l’ONU

Pour la République démocratique du Congo, cette impasse diplomatique n’est pas anodine. La Monusco, déjà critiquée pour son efficacité limitée, se retrouve fragilisée par l’absence de leadership clair. Le pays, confronté à des défis sécuritaires persistants dans l’Est, a besoin d’une mission onusienne stable et crédible. Or, la paralysie actuelle risque d’affaiblir davantage la confiance des Congolais envers l’ONU.

Au niveau global, cette crise illustre les limites du système de gouvernance internationale : un seul veto peut bloquer des décisions cruciales, non seulement en RDC mais aussi dans d’autres théâtres de conflit. En effet, des missions au Yémen et en Libye attendent également la nomination de nouveaux responsables cette année, et pourraient subir le même sort.

Vers un compromis diplomatique ?

Toutefois, la position de Pékin n’est pas figée. Dans les négociations multilatérales, la Chine pourrait accepter un compromis sur la Monusco en échange de concessions sur d’autres dossiers. Cette logique de marchandage diplomatique est fréquente au Conseil de sécurité, où chaque nomination devient une pièce sur l’échiquier mondial.

La succession de Bintou Keïta dépasse donc le cadre congolais : elle révèle la fragilité du multilatéralisme face aux rivalités des grandes puissances. Pour la RDC, l’urgence est de voir émerger un leadership capable de restaurer la crédibilité de la Monusco. Pour l’ONU, c’est un test grandeur nature de sa capacité à dépasser les blocages et à maintenir son rôle de garant de la paix internationale.

Par Thierry Bwongo

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