Durant plus de dix jours, la République démocratique du Congo a été plongée dans une semi-obscurité numérique. L’endommagement du câble sous-marin de la fibre optique a réduit drastiquement la fourniture d’Internet, paralysant les banques, fragilisant les PME, suspendant l’e-commerce et ralentissant la vie quotidienne. Dans une société où le numérique est devenu un pilier de l’activité économique et sociale, cette panne n’a pas seulement été un incident technique : elle a révélé l’absence criante de protection des consommateurs congolais.

Le citoyen lambda, déjà habitué à des tarifs élevés et à des services insuffisants, n’a reçu aucun geste commercial, aucune compensation, aucun mot d’excuse. Ce silence contraste fortement avec les pratiques observées ailleurs. En France, par exemple, lors des grandes pannes d’Orange ou de Free, les opérateurs ont été contraints d’offrir des remboursements ou des réductions, sous la pression des associations de consommateurs et des régulateurs. En Espagne, après une panne massive de Vodafone en 2021, des compensations financières ont été versées automatiquement aux abonnés. En Allemagne, la législation oblige les fournisseurs à garantir un débit minimal et à indemniser les clients en cas de défaillance prolongée. Ces exemples montrent que dans les économies régulées, la panne n’est pas seulement un désagrément : elle devient un droit à réparation.

En RDC, au contraire, les politiques commerciales des fournisseurs semblent davantage orientées vers l’exploitation du client que vers l’amélioration des services. Les grands groupes étrangers, tels que Canalbox (Vivendi) ou Orange, proposent en Europe des offres intégrées – Internet, téléphonie, chaînes numériques – à des prix compétitifs. Ici, ils se contentent de services limités, facturés à des tarifs disproportionnés. Cette disparité nourrit un sentiment d’injustice et alimente l’idée d’une colonisation technologique, où les Congolais paient plus cher pour moins de services, comme jadis ils étaient exploités pour leurs ressources naturelles.

La gravité de la situation ne réside pas seulement dans l’attitude des entreprises, mais aussi dans l’absence de régulation. Le chef de l’État a certes relevé le problème lors d’un Conseil des ministres, mais aucune mesure concrète n’a été annoncée pour protéger le citoyen. Le ministère des PTNTIC, censé être le garant du respect des droits numériques, n’a pas imposé de suivi rigoureux ni exigé de compensations. Les structures de protection des consommateurs, quasi inexistantes, laissent les Congolais seuls face aux abus. Ce vide institutionnel fragilise le contrat social et érode la confiance des citoyens envers l’État.

Cette sous-protection ne se limite pas aux télécommunications. Dans les supermarchés de Kinshasa, les produits alimentaires, pharmaceutiques et de consommation courante sont vendus à des prix arbitraires, souvent par des commerçants étrangers. En Europe, une telle pratique serait sanctionnée par des autorités de contrôle, des associations de consommateurs et des recours judiciaires. Ici, l’État, ayant perdu la mainmise sur le commerce, laisse prospérer une économie où le consommateur est réduit à une proie.

La panne Internet est donc un révélateur. Elle montre l’urgence de bâtir une véritable politique de protection des consommateurs en RDC. Le citoyen congolais mérite des services de qualité, des prix justes et des garanties face aux abus. L’État doit reprendre son rôle de régulateur, non seulement pour défendre le pouvoir d’achat, mais aussi pour assurer la dignité et la souveraineté économique du pays. Car dans un monde où l’accès au numérique conditionne la vie sociale et économique, ne pas protéger le consommateur revient à fragiliser la nation tout entière.

Par Thierry Bwongo

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