Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) enregistrent une avancée militaire notable dans la province du Sud-Kivu, avec la reprise de plusieurs localités stratégiques, dont Minembwe-centre, jusque-là sous influence de la coalition rebelle RDF-M23-AFC. L’annonce faite vendredi 6 février par le ministre de la Défense intervient dans un contexte d’intensification des opérations visant à restaurer l’autorité de l’État et à contenir la progression des groupes armés dans l’est du pays. Kinshasa présente ces succès comme un signal fort de la montée en puissance des forces loyalistes.

Selon les autorités militaires, plus de trente combattants rebelles ont été neutralisés au cours des affrontements récents, tandis que plusieurs membres des groupes armés Twigwaneho et Ngumino ont été capturés. Ces résultats, salués par certains observateurs comme une étape stratégique, pourraient redessiner les équilibres sécuritaires dans une zone marquée par des tensions communautaires et une instabilité persistante.

Mais derrière les annonces de victoires militaires, une crise humanitaire d’une extrême gravité se déroule dans l’ombre, notamment dans la chefferie de Kaziba, territoire de Walungu, au sud de Bukavu. Dans cette région plongée dans un black-out total des communications — sans internet ni réseau téléphonique — la population civile vit au milieu de mines antipersonnel et d’engins explosifs disséminés sur les collines et les axes de passage, attribués aux rebelles du M23, soutenus par le Rwanda.

Des sources locales font état d’un bilan particulièrement lourd : au moins 97 civils tués et 235 autres grièvement blessés. Les victimes sont en majorité des populations non combattantes — enfants sur le chemin de l’école, agriculteurs rejoignant leurs champs, femmes à la recherche de bois — illustrant la brutalité d’un conflit qui frappe indistinctement les plus vulnérables. Les structures sanitaires locales, déjà fragilisées, font face à des ruptures critiques de médicaments et à un afflux de blessés difficilement gérable.

L’isolement communicationnel aggrave encore la situation. Privés de moyens de contact, les habitants sont contraints d’escalader des collines pour tenter de capter un signal, au risque de traverser des zones minées. Cette absence de visibilité contribue à maintenir le drame loin de l’attention nationale et internationale, alors même que les faits évoqués pourraient constituer de graves violations du droit international humanitaire, notamment de la Convention d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel.

Dans ce contexte, les premières opérations de déminage menées par la Croix-Rouge apportent une lueur d’espoir, visant à sécuriser les axes les plus dangereux et à sauver des vies. Toutefois, pour de nombreux observateurs congolais, la situation de Kaziba rappelle que la reconquête militaire, aussi significative soit-elle, doit impérativement s’accompagner d’une réponse humanitaire massive et d’une mobilisation internationale à la hauteur des souffrances endurées par les populations civiles.

Par la rédaction

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