La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a dévoilé une feuille de route présentée comme ambitieuse et porteuse d’espoir pour l’organisation du prochain cycle électoral. Toutefois, plusieurs défis majeurs continuent de susciter des interrogations quant à sa faisabilité.
Comme l’a rappelé Denis Kadima, président de la CENI, ce plan stratégique fait face à des obstacles clairement identifiés. « Cette feuille de route, bien qu’ambitieuse et porteuse d’espoir, se heurte à plusieurs défis, notamment sécuritaires, en particulier dans les régions de l’Est du pays où la situation demeure fragile. À cela s’ajoutent d’importants défis logistiques ainsi que des contraintes financières nécessitant une mobilisation constante des ressources », a-t-il reconnu.

Pourtant, à ce jour, la CENI n’a pas rendu public le budget alloué à cette feuille de route. Selon certaines sources internes, ce document ne serait même pas disponible au sein de l’institution, alimentant les critiques sur le manque de transparence.
L’Institut de recherche sur le Congo (Ebuteli) dénonce cette opacité et rappelle que la publication de la feuille de route aurait dû être précédée par celle du rapport général des élections de 2023. Or, la centrale électorale n’a toujours pas présenté ce document, pourtant requis par les dispositions légales, après la clôture unilatérale du cycle électoral précédent, sans explications détaillées.
Concernant l’absence de financement clairement défini pour le plan 2025-2029, Ebuteli recommande au gouvernement d’élaborer, en concertation avec la CENI, un plan de décaissement pluriannuel afin de garantir la sécurisation des ressources nécessaires au prochain processus électoral.
Entre scepticisme et espoir

Au sein de la société civile, les avis restent partagés. L’organisation Premi Congo, qui avait participé aux campagnes de sensibilisation électorale, affiche un certain scepticisme quant au respect du calendrier annoncé. Néanmoins, son membre Christian Buendwa estime qu’un rattrapage demeure possible.
« La CENI dispose encore de deux années avant les élections présidentielles prévues en décembre 2028. Mais si le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires, il existe un risque réel d’organiser les prochaines élections dans la précipitation, avec un scrutin chaotique comme en 2023 », avertit-il.
De son côté, Scholastique Mutoke, responsable de la thématique élections au sein du cadre de concertation de la société civile, se montre plus pessimiste quant à la tenue des élections générales en 2028. Selon elle, le processus aurait dû commencer par le remplacement des animateurs de la CENI par l’Assemblée nationale avant l’élaboration d’un nouveau calendrier électoral.

« Nous constatons que Denis Kadima est toujours en fonction comme président de la CENI. Dans ces conditions, nous risquons de ne pas avoir des élections crédibles », affirme-t-elle.
Un débat encore timide
À moins de deux ans des prochaines échéances électorales, le débat public autour du scrutin de 2028 reste étonnamment discret en RDC. Entre défis sécuritaires persistants, incertitudes budgétaires et scepticisme d’une partie de la société civile, la feuille de route de la CENI apparaît comme un projet à la fois ambitieux et fragile.
Reste à savoir si les autorités parviendront à transformer cette ambition en réalité concrète ou si le pays s’achemine vers un nouveau cycle électoral marqué par l’improvisation et la contestation.
Par Didier Mbongomingi









