La 13ᵉ session de la Conférence des gouverneurs n’aura finalement pas lieu aux dates annoncées. Prévue du 24 au 28 mars 2026 à Bandundu, dans la province du Kwilu, la rencontre vient d’être reportée pour la seconde fois. Après un premier renvoi intervenu en décembre 2025, cette nouvelle décision confirme les difficultés persistantes à organiser, pour la première fois dans l’espace ex-Grand Bandundu, ce rendez-vous majeur de la gouvernance territoriale.

Officiellement, les raisons avancées relèvent de contraintes logistiques et infrastructurelles. La réhabilitation de l’aéroport, l’état de la voirie urbaine, la capacité d’accueil et les dispositifs sécuritaires exigés pour un événement de cette envergure ne seraient pas encore totalement conformes aux standards requis. Or la Conférence des gouverneurs, instance constitutionnelle de coordination entre le pouvoir central et les provinces, implique la présence des plus hautes autorités de la République démocratique du Congo, ce qui impose une organisation irréprochable.
Mais au-delà des considérations techniques, ce second report revêt une portée politique. Le choix du Kwilu devait symboliser la volonté d’ancrer la décentralisation au cœur des provinces et de sortir des grands centres traditionnels. Le renvoi répété projette néanmoins l’image d’un territoire encore en attente d’infrastructures structurantes et, par ricochet, d’un État confronté aux limites de sa planification opérationnelle.
Dans l’opinion, deux lectures coexistent. Certains y voient un choix de prudence, destiné à éviter une tenue précipitée qui aurait exposé les institutions à des critiques plus sévères. D’autres y lisent le symptôme d’un déséquilibre territorial persistant, où l’ambition politique précède des capacités matérielles encore fragiles.
La situation du Kwilu renvoie d’ailleurs à une problématique plus large. Des provinces comme le Maï-Ndombe, le Sud-Ubangi ou le Sankuru, confrontées à des défis similaires d’accessibilité et d’infrastructures, pourraient rencontrer les mêmes obstacles si elles étaient désignées pour accueillir une telle rencontre nationale. La question dépasse donc un simple agenda : elle interroge la capacité réelle à territorialiser les institutions.
Au fond, ce nouveau report agit comme un révélateur. La décentralisation est consacrée dans les textes, mais sa mise en œuvre dépend encore fortement des investissements structurants hors des grands pôles urbains. Tant que ces préalables ne seront pas consolidés, chaque tentative d’organisation en province portera le risque d’un décalage entre symbole politique et réalité logistique.
Reste désormais à savoir si ce contretemps sera transformé en levier d’accélération des travaux au Kwilu, ou s’il prolongera le débat sur les inégalités territoriales au sein de la République. Car au-delà d’une conférence reportée, c’est la crédibilité du processus de territorialisation de l’État qui se joue.
Par Thierry Bwongo








