Jeudi 30 janvier 2025, Christian Bosembe, ancien président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) de la République démocratique du Congo (RDC), a tenu des propos alarmants lors d’une intervention dans un média local. Alors qu’il appelait les médias locaux et internationaux à faire preuve de professionnalisme dans leur traitement de la situation sécuritaire à l’Est du pays, Bosembe a franchi une ligne rouge en menaçant de couper le signal de tout média qui annoncerait la chute de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, sans se référer aux sources officielles. Une déclaration qui soulève de sérieuses questions sur le respect des libertés fondamentales et le rôle des institutions démocratiques.
La réaction de Christian Bosembe, jugée excessive par de nombreux observateurs, et professionnels des médias semble sortir « des tripes » plutôt que d’un cadre légal et institutionnel. En effet, des sources bien informées indiquent que cette décision a été prise en dehors de toute réunion plénière du CSAC, une institution pourtant censée fonctionner de manière collégiale. En agissant ainsi, Bosembe s’est substitué à l’ensemble des membres du Conseil, violant les principes mêmes de la gouvernance collective.
Cette décision unilatérale soulève une question fondamentale : sur quelle base légale repose une telle mesure ? Le CSAC, en tant qu’organe de régulation des médias, doit agir dans le respect des textes de loi et des procédures établies. Or, ici, Bosembe semble avoir agi en dehors de tout cadre légal, ce qui constitue un précédent dangereux pour la démocratie congolaise.
Le CSAC est une institution d’appui à la démocratie, censée garantir la liberté d’expression et d’opinion. Pourtant, la décision de Bosembe va à l’encontre de ces principes fondamentaux. En menaçant de couper le signal des médias, il restreint la liberté de la presse, un pilier essentiel de toute démocratie. Cette attitude, qualifiée d’« ivresse du pouvoir » par certains analystes, témoigne d’une dérive autoritaire qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le pays.
Par ailleurs, Bosembe a personnalisé son discours en utilisant à plusieurs reprises le pronom « je », comme s’il s’agissait d’une décision personnelle plutôt que d’une position institutionnelle. Cette personnalisation du pouvoir est d’autant plus préoccupante que le CSAC est un corps collégial. Une telle décision ne peut émaner du seul président, mais doit être le fruit d’une délibération en plénière, seul organe habilité à prendre des décisions au nom de l’institution. En agissant ainsi, Bosembe donne l’impression que le CSAC est devenu une affaire privée, obéissant à ses propres règles plutôt qu’à celles de la République.
Bosembe a prononcé ces menaces en face du journaliste Christian Lusakueno, qui avait annoncé la chute de Goma avec émotion. Plutôt que de s’en prendre à ce journaliste, Bosembe aurait dû commencer par sanctionner la radio TopCongo, connue pour ses positions controversées. Cette complaisance soulève des questions sur les motivations réelles de l’ancien président du CSAC.
Enfin, il est essentiel de rappeler que Christian Bosembe, en tant que juriste, devrait être le premier à respecter les textes de loi de la République. Au lieu de cela, il semble faire fausse route en cherchant à imposer sa volonté avec arrogance, au mépris des principes démocratiques. Cette attitude constitue un recul de plusieurs années-lumière pour la démocratie congolaise.
Les menaces de Christian Bosembe contre les médias sont non seulement illégales, mais aussi contraires aux valeurs démocratiques que le CSAC est censé défendre. En agissant de manière unilatérale et autoritaire, Bosembe met en péril la liberté de la presse et, par extension, la démocratie en RDC. Il est urgent que les autorités compétentes interviennent pour rappeler à l’ordre le président du CSAC et garantir que les institutions de la République fonctionnent dans le respect des lois et des procédures établies. La démocratie ne peut survivre sans une presse libre et indépendante.
Thierry Bwongo









