Kinshasa/Beni, République – Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, a rencontré ce jeudi le Président congolais Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, dans un contexte de crise sécuritaire exacerbée par l’attentat meurtrier de Bukavu. Cette visite stratégique, marquée par la présence de la Ministre d’État des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner, a permis d’aligner les priorités nationales et internationales autour de la Résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée à l’unanimité pour stopper l’escalade dans l’Est de la RDC.

Lors de son entretien avec le Président Tshisekedi, M. Lacroix a réaffirmé l’engagement onusien à traduire en actes concrets la Résolution 2773, dont les piliers sont clairs : respect de l’intégrité territoriale congolaise, cessation immédiate des hostilités et accélération des processus de paix de Luanda et Nairobi. « Cette résolution envoie un message fort : toutes les parties doivent œuvrer dans la même direction pour faire taire les armes et relancer la diplomatie », a-t-il insisté, soulignant la nécessité d’une « convergence totale » entre Kinshasa, les acteurs régionaux et la communauté internationale.

Ce week-end, M. Lacroix s’est rendu à Beni, où il a rencontré le nouveau Commandant de la Force MONUSCO et les Casques bleus déployés dans la région. Un briefing détaillé lui a été présenté sur la situation dans les zones d’intervention de la Brigade d’intervention de la Force (FIB), notamment à Kanyabayonga, Eringeti, Oicha et Mayimoya. Malgré le renforcement des positions militaires, les attaques contre les civils persistent, comme en témoigne l’attentat de Bukavu survenu ce jeudi, qualifié d’« acte barbare » par le numéro 2 de l’ONU. « Ces violences rappellent l’urgence d’appliquer la Résolution 2773 sans délai », a-t-il martelé, appelant à une mobilisation collective.

L’attaque meurtrière à Bukavu, survenue le jour même des discussions à Kinshasa, a profondément choqué le pays. M. Lacroix y a vu un signal alarmant : « Cet attentat renforce notre détermination à agir. La protection des civils et la neutralisation des groupes armés, dont le M23, ne peuvent plus attendre ». La MONUSCO a promis d’intensifier son appui logistique et stratégique aux forces congolaises, tout en surveillant étroitement les frontières pour prévenir les infiltrations.

Arrivée à Béni de M. Delacroix

Le Président Tshisekedi et M. Lacroix ont convenu de l’impératif de relancer les cadres de dialogue régionaux, notamment les processus de Luanda et Nairobi, bloqués par les tensions entre la RDC et le Rwanda. « Les hostilités doivent céder la place à des négociations inclusives », a plaidé le chef des opérations de l’ONU, saluant les récents efforts de Kinshasa pour désamorcer la crise via des canaux multilatéraux. La MONUSCO s’est dite prête à faciliter les pourparlers, tout en conditionnant son soutien au respect des engagements par toutes les parties.

Si les annonces diplomatiques se multiplient, les communautés locales, traumatisées par des décennies de conflits, restent sceptiques. L’attentat de Bukavu et la recrudescence des violences dans le Nord-Kivu alimentent les critiques contre la MONUSCO, dont le mandat est régulièrement remis en question. « Nous comprenons l’impatience légitime des Congolais. Notre retrait prévu en 2025 dépendra de la stabilisation effective des zones critiques », a rappelé M. Lacroix, évoquant le transfert progressif des responsabilités aux forces nationales.

Alors que la RDC traverse l’une des phases les plus critiques de son histoire récente, l’alliance entre Kinshasa et l’ONU semble plus déterminée que jamais. L’application rigoureuse de la Résolution 2773, combinée à une diplomatie agile et à une pression accrue sur les groupes armés, constituera le test ultime pour éviter un embrasement régional.

Par Thierry Bwongo

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