Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a officiellement annoncé ce vendredi, lors de la 33ᵉ réunion du Conseil des ministres, la formation prochaine d’un gouvernement d’union nationale. Objectif affiché : renforcer la réponse aux « agressions rwandaises » dans l’Est du pays et protéger les ressources naturelles congolaises. Cette initiative, saluée par le pouvoir, se heurte toutefois à un rejet catégorique de plusieurs figures de l’opposition.
Réuni à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le Conseil des ministres, présidé par Tshisekedi, a placé la crise sécuritaire dans les Kivu au cœur des débats. Le président a insisté sur la nécessité d’une « union sacrée » pour contrer « l’agression rwandaise », accusée de soutenir des groupes armés dans la région. Selon Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, cette nouvelle équipe exécutive devra « protéger l’intégrité territoriale et les ressources de la RDC », tout en consolidant la cohésion nationale.

Le gouvernement actuel, dirigé par la Première ministre Judith Suminwa, reste en poste jusqu’à la finalisation de ce remaniement. Les institutions ont été invitées à fonctionner normalement, avec des restrictions strictes : interdiction de transférer des actifs étatiques, de procéder à des recrutements désordonnés ou de signer des arrêtés précipités.
Autre mesure phare validée lors du Conseil : l’augmentation immédiate des soldes et primes des forces armées. Conformément aux directives présidentielles, les militaires verront leur salaire doublé et bénéficieront d’une « prime spéciale de combat ». Le ministre d’État chargé du Budget a présenté un rapport détaillé sur cette réforme, censée améliorer les conditions de vie et la sécurité sociale des soldats, souvent déployés dans des zones à haut risque.

Si le pouvoir vante une « union nationale », l’initiative divise. Plusieurs poids lourds de l’opposition, dont Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo et l’ancien allié de Tshisekedi, Jean-Marc Kabund, ont rejeté la proposition. Ils dénoncent une manœuvre politique et des divergences profondes sur la gestion du pays. « Ce gouvernement d’union est un leurre pour masquer les échecs sécuritaires et économiques », a affirmé une source proche de l’opposition, sous couvert d’anonymat.
Outre les questions sécuritaires, le Conseil a examiné l’impact humanitaire des conflits dans les Kivu, notamment sur l’éducation, et évalué à mi-parcours la campagne agricole 2024-2025, cruciale pour la sécurité alimentaire. Des formations ambulatoires pour les familles de militaires et policiers ont également été actées. Enfin, le président a partagé des compte-rendus de ses récentes rencontres avec le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) et des membres de l’Union pour la nation (USN).

Cette annonce intervient dans un contexte de pression accrue sur Kinshasa, confronté à une crise sécuritaire prolongée et à des tensions diplomatiques avec le Rwanda. Pour Tshisekedi, ce gouvernement d’union nationale représente un double défi : rallier des forces politiques fracturées tout en redonnant espoir à une population épuisée par la guerre. Les prochaines semaines révéleront si cette stratégie apaisera les critiques ou exacerbera les fractures.
Par Dieumerci Matu









