Khartoum, le 23 Mars 2025 – Dans un regain d’intensité des combats qui ensanglantent la capitale soudanaise depuis près de deux ans, l’armée régulière, fidèle au général Abdel Fattah al-Burhane, a annoncé ce vendredi la reprise de plusieurs sites stratégiques, dont la Banque centrale et le palais présidentiel. Ces avancées, présentées comme un tournant tactique, interviennent dans un conflit opposant deux anciens alliés : le chef de l’armée et son ex-adjoint, Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemetti », commandant des Forces de soutien rapide (FSR).

Selon des sources militaires anonymes, les troupes gouvernementales ont détruit un convoi de 30 véhicules des FSR en retraite vers le sud de Khartoum, après avoir repris le contrôle du palais présidentiel, perdu en 2022. Cette reconquête s’inscrit dans une offensive plus large : depuis lundi, l’armée a coordonné des unités venues du sud avec celles positionnées en centre-ville, accentuant la pression sur les paramilitaires. « La bataille n’est pas terminée », ont néanmoins averti les deux camps, soulignant l’opiniâtreté des combats.

Le conflit, qui plonge ses racines dans la rupture entre Al-Burhane et Hemetti – autrefois partenaires lors du coup d’État de 2021 –, cristallise une lutte pour le pouvoir entre une armée traditionnelle et des paramilitaires aguerris. Les FSR, issues des milices Janjawid du Darfour, avaient progressivement renforcé leur emprise sur Khartoum, faisant du palais présidentiel un symbole de leur influence. Sa reprise par l’armée marque un revers pour Hemetti, mais ne suffit pas à inverser un rapport de force encore mouvant.

La capture de la Banque centrale, cœur financier du pays, révèle une dimension économique du conflit. Contrôler cette institution permet non seulement de légitimer son autorité, mais aussi de maîtriser les ressources de l’État. Toutefois, les analystes restent prudents : « Ces gains territoriaux sont avant tout symboliques. Les FSR conservent une capacité de nuisance via des tactiques de guérilla urbaine », explique un observateur sous couvert d’anonymat.

Malgré les récentes avancées militaires, aucun camp ne semble en mesure de remporter une victoire décisive. Les FSR, bien qu’affaiblies, contrôlent encore des quartiers clés et des axes logistiques. La communauté internationale, divisée, peine à imposer une médiation. Dans ce contexte, la population civile, prise en étau, subit les conséquences d’une guerre dont la fin reste incertaine.

Si la reprise du palais présidentiel et de la Banque centrale offre à l’armée un récit victorieux, elle n’efface pas les défis structurels : fragmentation du territoire, crise humanitaire et méfiance persistante entre les belligérants. Alors que Khartoum devient l’épicentre d’une bataille d’usure, la question demeure : ces reconquêtes tactiques préparent-elles une paix hypothétique ou simplement un nouvel acte dans une tragédie prolongée ?

Par la rédaction

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