Dans l’ombre des crises politiques récurrentes qui secouent la République Démocratique du Congo, la province du Kwilu tente d’écrire une page d’espoir. Ce vendredi 21 mars 2025, les députés provinciaux ont enfin adopté la création d’une commission ad hoc chargée de débloquer l’élection tant attendue du bureau définitif de leur Assemblée. Une lueur de stabilisation institutionnelle pour cette région au potentiel agricole immense, mais étouffée par des mois de paralysie administrative.
Depuis l’invalidation des résultats électoraux de Masimanimba en janvier 2024 pour fraudes massives, l’hémicycle provincial ressemblait à un navire sans capitaine. Les séances plénières s’enlisaient dans des querelles procédurières, tandis que les populations, privées de représentants légitimes, voyaient les projets de développement s’évaporer. La nouvelle commission, composée de cinq élus issus des différents territoires du Kwilu, a désormais cinq jours pour proposer un calendrier électoral et un règlement incontestable.
« C’est un premier pas, mais le plus difficile reste à faire », tempère un député sous couvert d’anonymat. Les défis sont colossaux : comment organiser un scrutin crédible dans une province où la défiance envers les institutions reste vive ? Comment éviter que les fraudes passées ne se reproduisent, alors que le territoire de Masimanimba, épicentre des précédents scandales, reste une poudrière politique ?

Pour les observateurs locaux, cette élection dépasse le simple renouvellement d’un bureau. « Le Kwilu a besoin de symboles », insiste un chef traditionnel rencontré à Kikwit. « Quand les élus se querellent, ce sont les routes qui ne se construisent pas, les écoles qui tombent en ruine. » La province, grenier agricole du pays, attend notamment des décisions sur la sécurisation des terres paysannes et la modernisation des circuits de commercialisation.
La pression est désormais sur les épaules de la commission ad hoc. D’ici la prochaine plénière, prévue dans moins d’une semaine, elle devra arbitrer entre urgence et minutie. Certains élus réclament des élections « avant la saison des pluies », d’autres exigent un audit préalable des listes électorales. En coulisses, des rumeurs évoquent déjà des tractations pour influencer la composition du futur bureau.
Si le processus aboutit, le Kwilu pourrait offrir à la RDC un modèle de sortie de crise institutionnelle. Mais dans les rues de Bandundu, on reste prudent. « On nous promet toujours la lune avant les élections », soupire une commerçante, devant son étal de manioc. Son voisin, plus optimiste, ajoute : « Peut-être que cette fois, les politiciens comprendront que sans stabilité, il n’y a pas de développement. »
Le Kwilu, l’une des 26 provinces de la RDC, compte près de 6 millions d’habitants. Malgré ses richesses agricoles (huile de palme, cacao), elle figure parmi les régions les moins développées du pays selon la Banque mondiale.
Par Jason Mbo Itoo









