Les tensions diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda prennent une nouvelle dimension avec l’annulation de deux événements marquant la commémoration du génocide des Tutsis. Ces décisions s’inscrivent dans un contexte marqué par des relations de plus en plus fragiles entre les deux pays, exacerbées par des désaccords politiques, économiques, et historiques.

La Ville de Liège, prévue pour accueillir le 12 avril une cérémonie de commémoration du génocide des Tutsis, a finalement annulé l’événement. Selon les autorités locales, cette décision repose sur des préoccupations sécuritaires liées aux tensions croissantes entre Rwandais et Congolais, exacerbées par le conflit en République démocratique du Congo. La police a jugé préférable de déconseiller toute manifestation publique pour éviter d’éventuelles confrontations. Une cérémonie privée, dénuée de l’implication des autorités municipales, reste néanmoins planifiée. Cette annulation, mal reçue par la communauté rwandaise, est perçue par certains comme une forme de négationnisme historique.

Par ailleurs, la conférence des présidents de la Chambre au Parlement belge a également pris la décision d’annuler un colloque annuel sur le génocide rwandais. Ces mesures soulignent l’impact de la crise diplomatique entre Kigali et Bruxelles sur les commémorations.

Ces décisions s’inscrivent dans un climat de rupture diplomatique entre le Rwanda et la Belgique. Le 17 mars 2025, Kigali a annoncé la fin des relations diplomatiques, accusant Bruxelles de mener une campagne de sanctions contre des responsables militaires rwandais et des entités liées au conflit en RDC. En retour, la Belgique a déclaré les diplomates rwandais personae non gratae et suspendu ses accords de coopération avec le pays. Cette escalade survient après des mois de tensions croissantes, incluant la suspension par le Rwanda d’un programme d’aide bilatérale en février 2025.

Au cœur de ces différends se trouvent des accusations de soutien du Rwanda au groupe rebelle M23 actif en RDC. Ces tensions régionales ont aggravé une crise humanitaire majeure, avec des millions de déplacés et des milliers de victimes. Les sanctions européennes contre des responsables rwandais et le M23, soutenues par la Belgique, amplifient les hostilités.

Kigali, de son côté, dénonce ces sanctions comme une ingérence néocoloniale et insiste sur son rôle de protecteur des Tutsis. La Belgique, ancienne puissance coloniale, est accusée par le Rwanda de parti pris historique en faveur de la RDC, ce qui nourrit un discours anticolonial dans les relations bilatérales.

Les décisions de la Belgique concernant les commémorations du génocide des Tutsis témoignent des répercussions tangibles des tensions diplomatiques entre les deux pays. Alors que ces différends mêlent héritage colonial, enjeux géopolitiques, et intérêts économiques, l’espoir d’une résolution semble loin.

Par Thierry Bwongo

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