Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni ce jeudi 27 mars 2025 dans une ambiance marquée par l’urgence face à l’escalade dramatique de la situation en République démocratique du Congo (RDC). Cette réunion, hautement attendue, intervient dans un contexte où le conflit dans l’est du pays, alimenté par l’offensive du groupe armé M23, suscite de vives inquiétudes quant à la stabilité de toute la région des Grands Lacs. Des rapports de l’ONU, soutenus par plusieurs États membres, attribuent un soutien actif du Rwanda à ce groupe, ce qui n’a fait qu’enflammer les tensions diplomatiques et militaires entre les deux voisins. La situation est d’autant plus préoccupante que la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) poursuit son retrait progressif, laissant un vide sécuritaire que les acteurs régionaux peinent à combler.
Lors de cette session spéciale, les débats ont mis en évidence des positions fermes, bien qu’inégalement partagées parmi les membres du Conseil. La France, par exemple, a vigoureusement dénoncé le soutien du Rwanda au M23, exigeant un retrait immédiat des forces rwandaises du territoire congolais. Elle a insisté sur l’importance de trouver une solution politique à la crise, tout en appelant Kinshasa à agir fermement contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un autre groupe armé accusé de déstabiliser la région. Ces échanges reflètent la complexité de la crise, où chaque acteur, qu’il s’agisse des gouvernements concernés ou des membres du Conseil de sécurité, cherche à défendre des intérêts souvent divergents.

Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, a également pris la parole pour alerter sur le risque imminent de voir le conflit dégénérer en une véritable guerre régionale. Elle a souligné la nécessité d’une mise en œuvre stricte de la résolution 2773, adoptée quelques jours plus tôt le 25 mars, qui appelle à un cessez-le-feu immédiat, au retrait des troupes étrangères et à une transition politique encadrée. Malgré ces appels, Bintou Keita a présenté un tableau sombre de la crise humanitaire en cours. Avec plus de 7,3 millions de personnes déplacées, essentiellement concentrées dans l’est de la RDC, et une hausse de 40 % des violences sexuelles ces dernières années, la situation sur le terrain est désespérée. Le financement des efforts humanitaires reste insuffisant, avec seulement 26 % des fonds requis pour 2024 déjà collectés, laissant les agences d’aide dans une position délicate.
Les divisions au sein du Conseil de sécurité n’ont pas manqué de se manifester, notamment dans les approches à adopter face à Kigali. Tandis que des nations comme les États-Unis et le Royaume-Uni appellent à une responsabilisation accrue du Rwanda, la Russie et la Chine plaident pour une solution davantage axée sur le dialogue et la coopération régionale. Dans ce cadre, Pékin a proposé un ajustement du mandat de la MONUSCO pour harmoniser ses actions avec celles de la Force régionale de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), un acteur clé dans cette transition complexe. Le groupe A3+, composé de représentants de l’Afrique, a de son côté insisté sur l’importance d’une solidarité morale et pragmatique pour soutenir les efforts des missions régionales.

Sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique, les déclarations des membres du Conseil ont résonné de manière mitigée. Tandis que certains saluent l’engagement de pays comme la France, d’autres soulignent l’écart entre les discours et les actions concrètes. Les voix s’élèvent pour réclamer des résultats tangibles, notamment pour les millions de civils pris au piège des violences. L’appel au cessez-le-feu, bien qu’unanimement reconnu comme nécessaire, reste à ce jour un objectif éloigné, tant les différends stratégiques entre les parties prenantes demeurent vifs.
Alors que la MONUSCO poursuit son retrait du Sud-Kivu après deux décennies de présence, l’avenir de la sécurité dans l’est de la RDC repose sur un équilibre fragile. La réussite de la résolution 2773, et plus largement des efforts internationaux pour stabiliser la région, dépendra de l’intensification des pressions sur Kigali ainsi que de la capacité des autorités congolaises à neutraliser les groupes armés comme les FDLR. En définitive, le Conseil de sécurité semble engagé dans une course contre la montre pour prévenir une catastrophe humanitaire encore plus vaste et pour éviter que cette crise régionale ne devienne hors de contrôle.
Par la Rédaction









