Paris, 13 juillet 2025 — Une image, un geste, et une tempête. Lors de la 50ᵉ session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), le président de l’Assemblée nationale de la RDC, Vital Kamerhe, a échangé une accolade chaleureuse avec Mussa Fazil Harerimana, député rwandais. Ce geste, censé symboliser l’espoir d’une paix retrouvée, a déclenché une vive polémique sur les réseaux sociaux et dans l’opinion congolaise.

Une partie de la délégation R-D congolaise à l’APF

Sur la terre de Lumumba, où les cicatrices de l’agression rwandaise via le M23 restent béantes, cette démonstration d’émotion a été perçue par certains comme une trahison. Les critiques fusent : « trop tôt », « indécent », « insulte à la mémoire des victimes ». Pour une frange de la population, aucun responsable congolais ne devrait afficher une telle mansuétude tant que les troupes du M23, soutenues par Kigali selon plusieurs rapports onusiens, occupent des localités du Nord-Kivu.

Des voix s’élèvent pour dénoncer la « sournoiserie » du régime de Paul Kagame, accusé de manipuler l’image publique pour faire croire que le conflit est exclusivement congolais. L’accolade, dans cette lecture, servirait à nourrir un narratif diplomatique qui déplace le problème hors du Rwanda, comme pour dire : « Le mal est chez vous, pas chez nous. »

Vital Kamerhe et   Mussa Fazil Harerimana s’approchent pour l’accolade

« Mon pays est prêt à faire la paix avec son voisin, le Rwanda », a déclaré Vital Kamerhe devant l’assemblée francophone. « Le Rwanda est également prêt à soutenir les efforts qui visent la paix », a répondu Mussa Fazil Harerimana. Ces déclarations font écho à l’accord de paix signé à Washington fin juin 2025, mais dont l’interprétation reste floue entre les deux États.

Pendant que Kinshasa négocie encore à Doha avec le M23/AFC sous supervision rwandaise, beaucoup s’interrogent : la paix est-elle possible sans justice, sans reconnaissance des torts, sans réparation ?

Une vue de la délégation R-D congolaise à l’APF

Pour les Congolais révoltés, le sang versé ne peut être effacé par une accolade. Trente ans d’occupation, de massacres, de déplacements forcés… Le Rwanda doit beaucoup à la RDC, et cette dette ne se solde pas par des sourires diplomatiques. La paix est désirée, mais pas au prix d’un discours pompeux sans actions concrètes.

Dans ce contexte, les appels se multiplient pour que les dirigeants congolais adoptent une posture de fermeté. La paix, oui — mais pas au détriment de la dignité nationale. L’accolade de Paris, loin d’être un simple geste, devient le symbole d’un dilemme profond : comment réconcilier la quête de paix avec le devoir de mémoire et de justice ?

Par Thierry Bwongo

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