Kinshasa, 23 août 2025 – Alors que la République démocratique du Congo fait face à une crise sécuritaire majeure à l’Est du pays, des divergences profondes émergent au sein de la majorité présidentielle, l’Union Sacrée de la Nation (USN), sur la conduite à tenir face aux groupes armés, notamment le M23 soutenu par le Rwanda. Le dernier épisode en date oppose le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, à plusieurs figures de poids de la plateforme, notamment des élus de l’UDPS et le coordonnateur de l’USN, le professeur André Mbata.

Lors d’un point de presse conjoint avec le ministre belge des Affaires étrangères, Kamerhe a plaidé pour « un dialogue entre Congolais » afin de consolider la paix et la cohésion nationale, en parallèle aux processus diplomatiques internationaux en cours à Doha et à Washington. Pour le président de l’Assemblée nationale, ce dialogue devrait permettre de désamorcer les tensions internes, reconstruire la confiance entre institutions, et ouvrir un nouveau chapitre dans la gouvernance de l’après-crise.

Mais cette initiative n’est pas du goût de certains élus de l’UDPS, parti présidentiel. Le député Célestin Engelemba Bokuwe, élu de Monkoto, a vivement recadré Kamerhe, estimant que « ce n’était ni le moment ni le cadre » pour parler d’un dialogue interne. Il a rappelé que des discussions ont déjà lieu entre le Chef de l’État et certains leaders de l’opposition, et que la priorité reste aujourd’hui l’intégrité territoriale et la victoire militaire contre les groupes rebelles. Selon lui, tout dialogue ne peut se faire que post victoire.

Le professeur André Mbata, Secrétaire permanent de l’USN, a également exprimé ses réserves sur la sortie médiatique de Kamerhe. Dans un message relayé dans les milieux parlementaires, il a estimé que cette prise de position aurait dû être concertée au préalable avec les instances dirigeantes de la majorité et a mis en garde contre toute initiative « individuelle » qui affaiblirait la position de Kinshasa dans les négociations en cours.

Ces tensions internes laissent entrevoir une rentrée parlementaire mouvementée, prévue pour le 15 septembre. En coulisses, les menaces de déstabilisation du bureau Kamerhe s’intensifient. La récente rencontre entre la rapporteur adjointe de l’Assemblée nationale, Dominique Munongo, et l’opposant Franck Diongo à Bruxelles, a ravivé les soupçons d’un complot en gestation contre le président de la chambre basse.

À l’heure où la RDC tente de défendre sa souveraineté face à l’agression, les tiraillements internes au sein de l’Union Sacrée pourraient fragiliser l’efficacité des institutions. Si Vital Kamerhe se pose en rassembleur, certains de ses alliés le voient désormais comme un électron libre au discours peu concerté. La rentrée parlementaire pourrait ainsi devenir le théâtre d’un règlement de comptes politique majeur, aux conséquences imprévisibles sur la stabilité de la majorité présidentielle.

Par Thierry Bwongo

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