La ville de Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga, est au cœur d’une controverse institutionnelle qui oppose le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, Me Jacquemin Shabani Lukoo, au Conseil d’État, autour de la gestion intérimaire de la mairie. En toile de fond : la suspension de Madame Joyce Tunda Kazadi et sa réinstallation ordonnée par la plus haute juridiction administrative du pays.
Une suspension contestée
Le 27 février 2025, par arrêté ministériel n°25/CAB/VPM/MININTERSEDECA/SLBJ/011/2025, le VPM de l’Intérieur avait suspendu Madame Tunda Kazadi Joyce de ses fonctions de Maire intérimaire de Lubumbashi, nommant à sa place Monsieur Patrick Kafwimbi Mumamba. Cette décision, prise sans consultation du Conseil urbain ni du gouverneur provincial, avait suscité des interrogations sur sa légalité.
Estimant cette mesure abusive, Mme Tunda a saisi le Conseil d’État en référé-suspension. Le 10 juillet 2025, la juridiction a rendu une ordonnance (ROR 1308) suspendant l’exécution de l’arrêté ministériel et ordonnant sa réinstallation immédiate.


Une réinstallation sous tension
Ce 1 septembre 2025, en exécution de cette ordonnance, Maître Kandolo Lulindy Luc-Zébédée, huissier de justice près la Cour d’Appel du Haut-Katanga, a procédé à l’installation officielle de Mme Tunda Kazadi Joyce en qualité de Maire intérimaire réhabilitée. Le procès-verbal d’installation, dressé en présence de témoins et remis à l’administration municipale, consacre le retour de Mme Tunda à la tête de la ville.
Mais cette réinstallation n’a pas été sans résistance. Plusieurs commandements d’exécution ont été nécessaires, et un procès-verbal de résistance a même été établi le 21 août 2025, témoignant du refus de l’administration locale d’obtempérer.
Une communication ambiguë
Toujours ce 1er septembre 2025, un communiqué non signé, attribué à la cellule de communication de la mairie, circule sur les réseaux sociaux. Il qualifie l’installation de Mme Tunda de « comédie administrative » et réaffirme que M. Kafwimbi demeure l’unique autorité habilitée à engager la ville. Le ton est menaçant, évoquant des sanctions administratives et judiciaires contre les auteurs de cette « désinformation ».

Et maintenant ?
La population de Lubumbashi, déjà confrontée à des défis sociaux et sécuritaires, observe avec inquiétudes cette lutte de légitimité. Le silence du gouvernorat du Haut-Katanga et l’absence de position officielle du ministère de tutelle renforcent le flou institutionnel.
Dans ce contexte, une clarification s’impose : soit par l’exécution stricte de la décision du Conseil d’État, soit par une médiation politique respectueuse des principes de légalité. Car au-delà des personnes, c’est la crédibilité des institutions qui est en jeu.
Par Thierry Bwongo









