Les témoignages recueillis dans l’Est de la République démocratique du Congo révèlent une réalité glaçante. Dans les territoires sous occupation, les violences sexuelles se multiplient, laissant derrière elles des vies brisées et des cicatrices indélébiles.

En février, Patience, 22 ans, vivait avec son enfant en bas âge lorsqu’un groupe de combattants du M23 a fait irruption dans son domicile. Violée, puis emmenée de force dans un camp, elle y a subi des sévices répétés pendant plusieurs jours, aux côtés d’autres femmes retenues captives. Sa fuite vers l’Ouganda lui a permis de retrouver son mari et son enfant, mais les examens médicaux ont révélé une double sentence : une grossesse non désirée et la séropositivité.

Un mois plus tard, en mars 2025, Justine a été arrachée à son foyer de Goma lors d’une opération de recrutement forcé. Conduite dans un camp, elle a subi le même sort. Bien qu’elle ait atteint un hôpital dans les 72 heures, aucun kit médical de prophylaxie post-exposition n’était disponible. Réfugiée en Ouganda, elle a appris qu’elle avait contracté le VIH.

En Ituri, Sylvie, 27 ans, a été agressée alors qu’elle se rendait aux champs. Faute de soins immédiats, elle n’a découvert que deux mois plus tard qu’elle était enceinte.

Ces récits, parmi tant d’autres, figurent dans une enquête publiée le 12 janvier par Human Rights Watch, qui documente l’ampleur des violences sexuelles dans les zones de conflit. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), plus de 80 000 cas de viol ont été enregistrés dans l’Est de la RDC entre janvier et septembre 2025, soit une hausse de 32 % par rapport à la même période en 2024.

L’organisation souligne que la majorité des survivantes se retrouvent enceintes et séropositives, conséquence directe de l’absence de soins d’urgence. Les coupes soudaines de l’aide internationale américaine début 2025 ont aggravé la situation : les kits de prophylaxie post-exposition (PEP), essentiels pour prévenir le VIH et les grossesses lorsqu’ils sont administrés dans les 72 heures, ne sont plus disponibles dans de nombreuses structures sanitaires.

Human Rights Watch insiste sur l’urgence d’une réponse internationale. Derrière les statistiques, ce sont des vies humaines qui s’effondrent, des familles qui se disloquent, et une société entière qui porte le poids de ces crimes. L’organisation appelle à la reprise immédiate des financements et à la mise en place de mécanismes de protection pour les femmes et les filles dans les zones sous occupation.

Par Thierry Bwongo

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