À l’aube de l’année 2026, Kinshasa s’avance dans le temps avec une image persistante et douloureuse : celle d’une capitale enlisée dans l’insalubrité. Malgré les discours officiels et les promesses budgétaires, la ville peine à se défaire de l’étiquette de « ville poubelle », symbole d’un système d’assainissement défaillant et d’une gouvernance urbaine en panne.

Alors que la saison des pluies bat son plein, les failles apparaissent au grand jour. Les caniveaux obstrués débordent, les déchets plastiques envahissent les rivières, et les poubelles saturées s’accumulent dans les avenues du centre-ville, sans collecte régulière. Pour les habitants, cette réalité quotidienne traduit l’absence d’une politique publique efficace et compromet le développement économique autant que le bien-être social.

Des budgets annoncés, mais sans effets visibles
Les documents budgétaires provinciaux et nationaux affichent des montants conséquents destinés à l’assainissement. Pourtant, sur le terrain, aucune amélioration tangible ne se manifeste. Aucun plan détaillé n’a été rendu public pour expliquer l’utilisation de ces fonds, ni pour rassurer une population en quête de transparence. Ce décalage entre chiffres officiels et réalité vécue nourrit scepticisme et colère, renforçant l’impression d’un système budgétaire opaque et inefficace.

Institutions silencieuses, responsabilités diluées
Autrefois actives, les associations citoyennes et initiatives de nettoyage ont quasiment disparu. Les structures municipales censées porter l’assainissement semblent aujourd’hui inopérantes. Le silence des autorités nationales, malgré les missions de contrôle annoncées fin 2025, accentue le sentiment d’abandon. Les interrogations demeurent : qu’en est-il du contrôle de l’IGTER ? Où se situe le suivi de l’Inspection générale des finances ? Et que fait l’Assemblée provinciale, censée exercer un contre-pouvoir sur le gouverneur ? À ces questions, aucune réponse claire n’a été donnée.

Un avertissement ignoré
En septembre 2025, le président Félix Tshisekedi avait publiquement interpellé les autorités locales sur l’état alarmant de la capitale. Mais cette mise en garde solennelle n’a pas produit d’effet. Les embouteillages restent chroniques, l’insalubrité s’aggrave, et les chantiers urbains, loin d’apporter des solutions, semblent accentuer la crise. Kinshasa continue d’être perçue comme une ville invivable, freinant l’activité économique et minant le quotidien de ses habitants.

Une crise d’identité urbaine
Le constat est amer : Kinshasa ne dispose pas d’une politique d’assainissement claire, cohérente et exécutée. Là où d’autres capitales africaines s’engagent dans des plans structurants de gestion des déchets et d’aménagement urbain, la capitale congolaise reste prisonnière de ses contradictions. Tant que le fossé entre les engagements budgétaires et la réalité quotidienne persistera, la frustration citoyenne grandira, et l’image de Kinshasa comme métropole en crise d’identité urbaine s’enracinera davantage.

Par Thierry Bwongo

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