Tribune de Thierry Bwongo

Un vent nouveau souffle sur la géopolitique des Grands Lacs, et il semble désormais porter les couleurs de Kinshasa. Les récents engagements stratégiques du Président Félix-Antoine Tshisekedi à Washington ne relèvent pas d’une simple séquence diplomatique ordinaire ; ils marquent l’émergence d’une République démocratique du Congo consciente de son poids réel et décidée à redéfinir les règles d’un jeu régional longtemps biaisé.

Thierry Bwongo Nziani — Journaliste et Analyste politique, Coordonnateur éditorial de Tropikinfos

Depuis des décennies, la RDC a été présentée comme l’éternel maillon faible de la région, tandis que le Rwanda occupait une position privilégiée auprès des partenaires occidentaux grâce à son image de puissance sécuritaire disciplinée. Mais la géopolitique ne récompense pas les récits figés : elle suit les intérêts stratégiques. Et aujourd’hui, ces intérêts convergent vers Kinshasa.

Dans un monde engagé dans une course technologique et énergétique sans précédent, les minerais stratégiques sont devenus le nerf de la puissance globale. Cobalt, cuivre, coltan : ces ressources ne sont plus de simples richesses naturelles, elles sont les fondations des économies du futur. En repositionnant la RDC comme partenaire indispensable pour sécuriser ces chaînes d’approvisionnement critiques, Félix Tshisekedi a transformé une vulnérabilité historique en levier diplomatique majeur.

Visite diplomatique et politique de haute porté du Président de la RDC Félix Tshisekedi

Ce basculement explique en partie la nervosité perceptible à Kigali. Car ce qui se joue dépasse la rivalité personnelle entre dirigeants : il s’agit d’une remise en cause d’un ordre régional où la logique sécuritaire rwandaise dominait souvent le récit international. En internationalisant la crise de l’Est et en mettant en lumière les responsabilités extérieures dans l’instabilité congolaise, Tshisekedi a réussi là où beaucoup pensaient la tâche impossible : déplacer le centre de gravité diplomatique.

Washington ne « choisit » pas un camp par sentiment, mais par intérêt. Et l’intérêt stratégique américain évolue. Face à la concurrence chinoise et à la bataille mondiale pour les ressources critiques, la stabilité et la souveraineté de la RDC deviennent une priorité incontournable. Dans cette nouvelle équation, Kinshasa cesse d’être un simple terrain d’opérations pour redevenir un acteur stratégique central.

Paul Kagame Président du Rwanda

La posture défensive adoptée récemment par Paul Kagame illustre peut-être la prise de conscience d’une réalité nouvelle : l’époque où le Rwanda pouvait imposer seul le tempo sécuritaire régional touche à ses limites. Le rééquilibrage en cours ne signifie pas la disparition de Kigali de l’équation, mais il marque la fin d’une asymétrie qui a longtemps défavorisé la RDC.

Félix Tshisekedi pourrait ainsi entrer dans l’histoire comme le dirigeant qui aura osé briser un cycle de résignation nationale. Par la diplomatie, par la bataille du narratif et par la mobilisation internationale, il a commencé à transformer la perception globale de la RDC : non plus celle d’un pays condamné à subir, mais celle d’une puissance stratégique capable d’influencer les équilibres mondiaux.

Felix Tshisekedi et le Secrétaire d’État américain Marco Rubio

L’histoire jugera si ce moment constitue l’épilogue d’un ordre régional dominé par la logique sécuritaire ou le début d’une nouvelle ère où la RDC assume pleinement son rôle de cœur stratégique du monde. Mais une chose est déjà certaine : le silence et la peur ont changé de camp.

@tropikinfos.net

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