Tribune de maître Charles Kabuya
Les habitants de la capitale congolaise et ceux d’autres agglomérations provinciales sont habitués au rituel du délestage d’électricité et aux coupures à longue durée, qui peuvent aller de plusieurs jours à plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Cette situation a été si intériorisée que tout le monde se limite au constat sans se poser de question.
Or des questions se posent, car on ne nous explique rien et on ne nous dit pas tout.
S’agissant par exemple de la situation de la capitale, Kinshasa, où les délestages sont quotidiens et des quartiers entiers privés d’électricité, plusieurs interrogations arrivent à l’esprit :
Y a-t-il un déficit car la production et la fourniture d’électricité par nos centrales (Inga I et II, Zongo) sont insuffisantes pour alimenter correctement la capitale ?
Y a-t-il un déficit car le réseau de transport et de distribution de l’électricité est en sous-capacité et par ailleurs piraté par des raccordements frauduleux ?
Voilà des questions élémentaires que devraient poser les représentants du peuple aux responsables des ressources énergétiques (direction de la Snel, ministère de tutelle, Primature et toute la filière des agences publiques du secteur de l’énergie électrique) et auxquelles des réponses doivent être fournies pour fixer l’opinion.
De même que la stratégie arrêtée pour améliorer la qualité de la desserte et l’augmentation de la couverture en électricité dans la capitale et dans le reste du pays doit être exposée.
Il est de notoriété publique que le pays souffre d’un énorme déficit énergétique et que le taux d’électrification est l’un des plus bas en Afrique. Malgré notre phénoménal potentiel hydroélectrique, estimé à plus de 100.000 Mégawatts (soit la production de toutes les centrales nucléaires françaises), et l’ensoleillement intense de notre immense territoire qui est propice à la production d’énergie solaire, aucun progrès substantiel n’a été accompli depuis plusieurs décennies.
Le projet intermédiaire Inga III continue de balbutier depuis des années, allant de rebondissements en rebondissements, de nouveaux partenaires en nouveaux partenaires, au point qu’il apparaît comme une arlésienne.
Quant au projet du Grand Inga, susceptible d’alimenter en électricité une bonne partie de l’Afrique, il restera du domaine des rêves tant que le PD3 (Inga III) n’aura pas un début de commencement. Cela alors même que l’Éthiopie a réussi l’exploit de mobiliser les ressources suffisantes pour ériger son grand barrage sur le Nil, augmentant considérablement l’offre d’électricité pour sa population et son industrie.
Comment avons-nous pu passer jusqu’à présent à côté de cette manne du ciel qu’est notre exceptionnel potentiel hydroélectrique ?
Tout se passe comme si nous n’avions pas une véritable stratégie nationale pour l’électrification du pays. D’ailleurs, ça et là naissent des projets locaux, comme celui de la Ruzizi ou de Virunga au Grand Kivu et ceux portés par des miniers au Grand Katanga pour répondre aux besoins de leurs activités.
Pendant ce temps, plusieurs provinces vivent le black-out, principalement au centre du pays (Grand Kasaï, Grand Bandundu), dans le Grand Équateur et la Grande Orientale. Le projet des chutes Katende au Grand Kasaï stagne toujours, tandis que la réfection durable des infrastructures existantes dans certaines provinces (certaines datant de l’époque coloniale) n’est pas à l’ordre du jour.
Pour reprendre l’exemple de Kinshasa, on parle du bouclage d’un nouveau projet d’environ 300 Mégawatts au niveau des rapides de Kinsuka. Sachant que la construction d’un barrage hydroélectrique d’envergure prend au moins 5 ans, et que pendant ce temps la ville se développe démographiquement, accroissant le déficit énergétique et impactant négativement la croissance économique, pourquoi ne pas choisir dans l’entretemps d’installer une centrale thermique, dont la mise en service est plus rapide ?
Cela a été fait en Côte d’Ivoire pour un coût de 400 millions de dollars et une production de 390 Mégawatts injectés dans le réseau.
L’énergie étant le moteur du développement, il est plus qu’urgent de prendre le taureau par les cornes, avec une vision et une ambition à la hauteur des défis qui se présentent pour un si grand et riche pays.
Pour cela, des réformes structurelles sont indispensables. Nous avions par exemple proposé il y a quelque temps la scission de la Snel en deux entités. L’une pour la production et l’autre pour le réseau de transport et de distribution de l’électricité.
Sans cela, les congolais continueront encore longtemps à guetter le lever du soleil. Seule source de lumière fiable…
Charles Kabuya









