Le déploiement d’un corridor régional de fibre optique porté notamment par le groupe panafricain Paratus, visant à renforcer la connectivité entre l’Afrique de l’Est et la région des Grands Lacs, suscite un débat croissant en République démocratique du Congo. Présenté comme une infrastructure destinée à améliorer la transmission de données et à relier des zones enclavées aux grands câbles sous-marins internationaux via des hubs comme Mombasa, ce projet intervient dans un contexte géopolitique particulièrement sensible, marqué par des tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali.

Le corridor numérique G2M de Paratus

Paratus, opérateur spécialisé dans les réseaux fibre et les solutions de connectivité transfrontalière, développe des corridors numériques régionaux pour accroître la redondance des routes internet et réduire la dépendance à des infrastructures uniques. Toutefois, la perspective d’une liaison impliquant des routes numériques transitant par le Rwanda suscite des interrogations sécuritaires dans l’Est congolais, où les infrastructures technologiques sont désormais perçues comme des éléments stratégiques au même titre que les infrastructures physiques.

Ces inquiétudes ont été renforcées par la récente alerte de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC), qui accuse MTN Rwanda de fournir illégalement des services de téléphonie et d’accès internet dans certaines zones de l’Est sans licence congolaise valide. Cette affaire a mis en lumière les enjeux de souveraineté numérique et alimenté la crainte d’une pénétration progressive d’acteurs étrangers dans un espace technologique fragilisé par le conflit.

Paratus group lance 2000 km de fibre optique de Mombasa (Kenya) à Goma (RDC)

Dans ce contexte, certains experts évoquent le risque d’une dépendance stratégique si une partie du trafic internet régional venait à reposer sur des infrastructures transitant par des territoires considérés comme hostiles. Les infrastructures fibre, bien que neutres sur le plan technologique, peuvent devenir des points de vulnérabilité en cas de crise, notamment par la possibilité d’influencer le routage des données ou de perturber la continuité des communications. La montée des conflits hybrides alimente également les interrogations sur l’exploitation indirecte d’infrastructures civiles pour soutenir des opérations reposant sur des flux numériques à haut débit, même si aucune preuve concrète ne permet d’affirmer une finalité militaire du projet.

Le débat a été amplifié par plusieurs prises de position politiques, dont celle d’Eugène Diomi Ndongala, qui alerte sur les risques d’une érosion progressive de la souveraineté numérique congolaise face à des infrastructures transfrontalières développées dans un environnement sécuritaire instable. Ces critiques illustrent une méfiance croissante envers les projets numériques impliquant des réseaux régionaux dans une zone marquée par des rivalités stratégiques.

Les pays couverts par le réseau de fibres de Paratus group

Malgré ces inquiétudes, les bénéfices potentiels du corridor restent réels, notamment en matière d’amélioration de la connectivité, de réduction des coûts d’accès à internet et de développement de l’économie numérique. Mais pour Kinshasa, la question dépasse désormais les seuls enjeux technologiques : elle pose celle du contrôle des routes numériques nationales dans un contexte où la souveraineté territoriale et la sécurité des infrastructures deviennent indissociables.

Par Thierry Bwongo

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